4 mars 2026
Edmond : Alexis Lussier et Anne-Marie Turcotte répondent à nos questions!
Avec le roman Edmond, Alexis Lussier nous propose une histoire de fantôme vengeur et de trauma enfoui. Quand le passé n’a pas dit son dernier mot...
Edmond est votre premier roman pour la jeunesse. Qu’est-ce qui vous a attiré vers le roman d’horreur?
La peur est universelle. Je pense que c’est ce qui m’a attiré. On a tous peur, même lorsqu’on est très courageux.
L'histoire d'Edmond se déroule à Laterrière, dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Pourquoi avoir choisi ce lieu en particulier pour y camper votre histoire d'horreur? Quels sont les souvenirs rattachés à cet endroit?
J’ai grandi à Laterrière, alors forcément, il y a une grande partie de l’imaginaire de mon enfance qui est restée là-bas. Je pense d’ailleurs que nos plus grandes peurs ont toujours quelque chose à voir avec l’enfance. Je n’imagine pas écrire un roman d’horreur qui ne soit pas écrit du point de vue de l’enfant que j’ai été.
Dans votre bio, vous mentionnez avoir longtemps cru voir des choses que personne ne voyait. Avez-vous des exemples à nous partager? Ont-ils inspiré l’écriture d’Edmond?
À Laterrière, il y avait devant chez moi un grand ravin qui descend beaucoup plus bas par rapport à la rue principale, et qui ressemble à une sorte de forêt plus ou moins marécageuse. Un soir, j’ai vu quelque chose remonter de la coulée. Quelque chose d’énorme. La chose est passée à quelques mètres de moi. Je n’ai jamais su ce que c’était!
Quel est le passage du roman que vous trouvez le plus effrayant?
Il y a un moment dans le roman où on ne sait plus où se trouve Edmond, mais c’est aussi parce qu’on ne le voit plus qu’on a le sentiment qu’il est là… quelque part, et qu’il observe. Je crois que c’est ce passage-là qui est le plus effrayant, lorsqu’on se sent regardé par quelqu’un qu’on ne peut pas voir, et qui n’est peut-être pas là.
Quelle a été votre réaction lorsque vous avez découvert les illustrations d’Anne-Marie Turcotte?
Les dessins d’Anne-Marie Turcotte sont sublimes. Ils contribuent vraiment à l’atmosphère du roman ; c’est une seconde écriture qui vient répondre à la première. Anne-Marie maîtrise l’art du détail et de la petite touche qui fait toute la différence.
Quel serait votre dernier repas avant de mourir?
Je crois bien que j’avalerais d’énormes quantités de gaufres à la mélasse, mais ce serait vraiment avant de mourir… c’est pourquoi je n’en mange jamais, je crois que j’en mourrais.
Quelle est votre plus grande peur?
Edmond… je pense qu’Edmond me fait peur. Je ne saurais pas dire pourquoi exactement, mais je pense que j’ai écrit Edmond pour essayer de le découvrir. Ais-je réussi? En partie peut-être, mais cette peur est infinie, elle n’a pas de fin.
Edmond marque votre première collaboration en tant qu’illustratrice pour un roman jeunesse. Qu’est-ce qui vous a attiré vers le roman d’horreur?
C’est un hasard si ma première expérience en littérature jeunesse a été d’illustrer un roman d’horreur! C’est Edmond en particulier qui m’a attirée avec ses atmosphères sombres et ses descriptions très imagées. J’ai adoré toute cette noirceur et ce mystère inquiétant qui règnent dans le livre.
J’ai découvert, en faisant ce projet, que j’aime les univers étranges, et le mélange de beauté et de laideur qu’on trouve dans les romans jeunesse d’horreur. Je ne croyais jamais avoir du plaisir à dessiner des carcasses d’oiseau ou des yeux qui baignent dans un liquide noir visqueux, mais j’ai trouvé ça très amusant!
Aimez-vous travailler en noir et blanc?
Beaucoup! Ça me permet de me concentrer sur les textures, la lumière, les ombres, les traits et les formes. Je pense que le noir et blanc m’a aidée à transmettre cette ambiance unique que j’ai sentie en lisant le roman Edmond.
Comment définiriez-vous votre style artistique? Quelles sont vos sources d’inspiration?
Je le décrirais comme réaliste et poétique. J’aime beaucoup joindre des détails précis à des éléments plus flous et abstraits. L’image garde toujours des zones d’ombre, du vide et des éléments cachés, pour mettre en lumière ce qui est essentiel.
Je pense avoir été inspirée, pour ce livre, par le cinéma en noir et blanc de Robert Bresson. Son cinéma fait sortir les personnages et les choses de l’ombre, éclaire ce qu’il veut montrer. Cela donne une dimension poétique et mystérieuse à ses images.
Le choix du trait fin, des hachures et des petits points, vient de ma mère, Anne Michaud, qui m’a montré comment utiliser plusieurs types de traits pour rendre les dessins vivants et intéressants. J’ai aussi été inspirée par les gravures anciennes, comme celles des contes de Perrault.
Pour la composition, j’aime beaucoup celles de Stéphane Poulin, dont j’adore le style unique. Beaucoup de simplicité et de douceur se dégagent de ses illustrations. Je pense à l’album pour enfant Vieux Thomas et la petite fée.
Quelle a été votre réaction lorsque vous avez découvert le texte d’Alexis Lussier?
J’ai été très intriguée et inspirée : il y avait tellement d’images fortes à illustrer! Edmond est déjà très visuel, sans même les dessins. Les images qui surgissent du texte nous restent longtemps en mémoire.
Je me suis aussi dit que j’avais une responsabilité : réussir à traduire cet univers riche sans trop en montrer. J’ai décidé de laisser beaucoup d’éléments à l’extérieur des illustrations pour protéger le mystère du livre.
Dans votre bio, vous mentionnez avoir été initiée au dessin par votre mère artiste. Aviez-vous un sujet de prédilection lors de vos premières explorations artistiques?
Petite, j’aimais imaginer des scènes de la vie quotidienne : ma cousine en patin à roulettes, une partie de hockey dans la rue, une maison avec des gens aux fenêtres, les fêtes, etc.
Je faisais beaucoup de dessin d’observation aussi : des natures mortes, des reproductions de photos de famille, des paysages, des portraits de mes amies, etc.
Durant toute mon enfance, ma mère m’a proposé une foule de techniques et de projets pour stimuler mon imaginaire.
Y a-t-il des techniques que vous aimeriez faire découvrir aux jeunes?
Deux techniques amusantes : la gomme réserve et les encres soufflées à la paille. Elles aident à faire aller son imagination et à créer des mondes inattendus.
J’utilisais souvent la gomme réserve pour les paysages marins. Avec la gomme liquide, je peignais au pinceau des poissons, des algues, des bulles, des coquillages, des sirènes… Je laissais sécher, puis je mouillais ma feuille avec de l’eau et j’ajoutais les encres de couleur. Je laissais sécher encore, puis j’enlevais la gomme. Je mettais ensuite les couleurs que je voulais dans les formes restées blanches et traçais à la plume les détails. Si vous essayez, prenez un vieux pinceau pour la gomme!
Pour la technique de l’encre soufflée, on fait de petites flaques d’encre de couleur sur un papier aquarelle et on souffle dessus avec une paille pour en faire surgir des pattes, des branches et des antennes. Ensuite, on peut compléter le dessin à la plume en imaginant des animaux, des poissons ou des personnages. Ça donne toujours des résultats étonnants! Amateurs et amatrices de monstres, cette technique est pour vous!
Quel est le passage du roman que vous trouvez le plus effrayant?
C’est le moment où Frédérique suit les coulisses noires dans l’école. Mais je ne veux pas en dire plus pour ne pas en dévoiler trop!
Quel serait votre dernier repas avant de mourir?
Ah! Ah! C’est une question étonnante! Je n’en ai aucune idée. Il me semble que je n’aurai pas envie de manger avant de mourir! Ça coupe l’appétit! ☺
Peut-être un plateau de fruits entiers, avec un couteau pour les ouvrir. Il y aurait plusieurs fruits que j’aime, parfaitement à point : la meilleure poire, la meilleure pêche, la meilleure pomme grenade, la meilleure pomme, les meilleurs raisins, les meilleures framboises, la meilleure orange…
Quelle est votre plus grande peur?
La violence en général. La violence des humains qui veulent faire du mal et celle des éléments déchaînés. J’ai une peur folle des catastrophes naturelles, même si je n’en ai jamais vécu une. Depuis quelques années, ma phobie est qu’une tornade frappe notre maison pendant qu’on est là.
Je n’ai pas peur du surnaturel, comme des esprits ou des extraterrestres qui voudraient envahir la terre. Je me dis que ça n’existe pas et je préfère ne pas y penser pour ne pas me faire embêter par un fantôme!
Ma deuxième plus grande peur est de mourir avant d’avoir fait le ménage dans mon Cloud et sauvegardé toutes nos photos de famille! ☺
Portraits d'Alexis Lussier et Anne-Marie Turcotte : © Chantale Lecours